Samedi 27 juin 2009
Jeudi 25 juin 2009 (14è jour)
Statistiques du jour :
Distance parcourue : 62,13 km
Temps de déplacement : 5h02
Statistiques globales :
Distance parcourue : 605,13 km
Temps de déplacement : 40h37
Vitesse moyenne : 61,20 km/h
Notes :
Me voilà arrivé à un camping sur Loreley... Mais reprenons depuis le début.
Hier soir, lorsque je suis arrivé au camping de Bad Ems, j'ai été accueilli par une toute petite madame âgée entre 55 et 60 ans. Elle est chilienne, nous avons ainsi pu communiquer en espagnol. Elle gère le camping avec un vieil homme, un Hollandais, avec qui j'ai parlé un peu néerlandais.
Il semble que cela faisait bien longtemps que cette femme n'avait pas parlé espagnol. Parfois, elle me répondait en allemand et se reprenait tout de suite après. Cela devait lui faire plaisir de pouvoir parler sa langue maternelle car j'ai senti une petite complicité s'instaurer entre nous.
Le lendemain, je suis allé la voir pour payer l'emplacement de ma tente ainsi que le lave-linge et le séchoir que j'avais utilisés la veille. Je lui devais au total 14 €. Au moment de lui trasmettre l'argent, elle m'a dit "parlons en espagnol" (alors que nous conversions dans ce langage depuis le début) afin que le vieil homme ne comprenne pas ce que nous disions, au cas où il entrerait dans le bureau. Elle m'a offert le nettoyage de mes vêtements et n'a compté que 10 €. Nous sommes ensuite sortis en continuant à bavarder. D'autres campeurs nous entendaient parler. Ils lui ont demandé dans quelle langue nous nous exprimions. Elle leur a répondu, puis elle s'est tournée vers moi et m'a lancé "ils sont bien curieux ces Allemands". J'ai souri et je lui ai dit au revoir. Elle a fait de même en m'appelant par mon prénom (elle l'avait lu sur le contrat que j'ai signé en m'installant dans le camping), alors que je ne connaissais même pas le sien. Etant sur sur le point de partir, je n'ai pas pensé à le lui demander, ni même à faire une photo avec elle. Je le regrette à présent, tout comme je regrette de ne pas avoir eu le temps de faire davantage connaissance avec elle. J'aurais voulu savoir depuis combien de temps elle était en Allemagne, ce qui l'avait poussé à quitter son pays (était-ce lié à la dictature de Pinochet?), si elle avait de la famille ici ou là-bas, etc.
C'est là l'inconvénient des micro-rencontres... mais c'est ce qui fait leur charme aussi, elles maintiennent un certain mystère, une certaine magie de la rencontre.
Après avoir déjeuné au village de Walt Disney, j'ai repris la route. Le début de journée était plutôt difficile. J'avais été mordu et piqué par des insectes pendant la nuit une bonne dizaine de fois sur chaque jambe et deux ou trois fois sur chaque bras. Cela m'a démangé toute la journée, sur des montées ininterrompues de plusieurs km, sur des chemins boueux en forêt, du gravier, de la caillasse, le tout sous un soleil de plomb. Plusieurs fois j'ai dû mettre pied à terre et pousser le vélo sur des sentiers impratiquables.
Perlant de sueur, je buvais beaucoup d'eau. A tel point que les deux litres de ma Camelbak (poche d'eau que l'on place dans le sac-à-dos, et dans laquelle on peut boire tout en roulant grâce à un fin tuyau en plastique) se sont vidés en trois heures de temps.
Je traversais de nombreux petits villages dans lesquels il n'y avait ni commerce, ni bar, pour la remplir ou pour boire quelque chose de sucré. De temps à autre, je croisais une taverne isolée sur la route. Mais, à chaque fois, c'était fermé l'après-midi. Sans grande conviction, je suis allé voir l'une d'entre elles vers 15h. J'ai poussé la porte qui refusait de s'ouvrir. Je me dirigeais vers le vélo et une fenêtre s'est ouverte. Une dame âgée d'environ 70 ans a passé la tête pour demander ce que je voulais. Je lui ai répondu "drinken ?". Elle m'a précisé que la taverne n'ouvrait pas avant 16h. Je lui ai fait un signe de la main pour qu'elle patiente quelques instants. J'ai sorti ma Camelbak vide et lui ai dit : "Wasser ?". Elle a pris la poche d'eau pour la remplir. J'ai ensuite entendu le verrou de la porte s'ouvrir. Elle est sortie et m'a tendu l'objet rempli d'eau.
Je lui ai montré du doigt une chaise de la petite terrasse à l'ombre et me suis tourné vers elle en proncant "funf minuten ?". Elle a aquiescé et m'a demandé si je voulais boire autre chose. "Eine cola ?", lui ai-je demandé. Elle est entrée dans la maison pour ressortir quelques secondes après avec verre de coca bien frais. Je crois que l'expression de soulagement de mon visage exprimait bien mieux ma gratitude que mon timide "danke".
La dame est alors venue s'asseoir devant moi. A ce moment là, je me suis rendu compte qu'elle parlait un peu anglais, ce qui nous a permis de discuter un peu. Elle voulait savoir d'où je venais, combien de km j'avais parcouru et dans quelle direction je me dirigeais. Elle s'est ensuite intéressée au chemin que j'empruntais pour me rendre vers Francfort. Je lui ai expliqué que je ne savais pas trop, que je suivais le chemin balisé sur mon GPS. Elle m'a alors parlé avec insistance d'un chemin et d'une rivière. Son anglais étant assez pauvre et mon allemand pour ainsi dire inexistant, je ne comprenais rien à ce qu'elle me racontait. Elle citait le nom de différents endroits dont je ne soupconnais même pas l'existence. Pour faciliter les choses, je lui ai montré le chemin tracé sur le gps avec les différents noms de lieux que j'allais traverser. Ce n'était apparemment pas la route quelle semblait préconiser. Elle est partie chercher un plan de la région et elle m'a indiqué son chemin. Il consistait à rejoindre le Rhin en passant par Loreley (prononcer lorelaille), qui était, selon ses dires, un endroit que des gens du monde entier venaient voir. "A big roc", répétait-elle.
Je n'étais pas très convaincu car cela faisait un fameux détour et je sortais des pistes vélo. Par ailleurs, j'avais justement quitté le Rhin depuis Koblenz. Elle a insisté en avancant que c'était une voie bien plus belle et beaucoup moins monotone que celle que je suivais. Elle a argumenté en affirmant que c'était la partie la plus jolie du Rhin, qu'il y avait beaucoup de choses à voir, comme des vieux châteaux. Elle a terminé en disant que le chemin était plat. Il me faudrait alors atteindre Wiesbanden, tout près de Mainz, et de là quitter le Rhin et parcourir encore 40 km jusqu'à Francfort.
Face à tous ses arguments, notamment le chemin plat, mes doutes se sont dissipés. J'ai noté le nom des différents villages menant au Rhin pour les introduire dans le gps. J'ai ensuite vivement remercié la vieille femme pour l'eau et le coca offerts, ainsi que pour ses conseils, en lui précisant que j'avais eu de la chance de la rencontrer. Elle m'a rétorqué qu'elle était heureuse de m'avoir aidé. Sur ces paroles, je l'ai quittée en suivant mon nouvel itinéraire.
Je suis arrivé à Loreley en fin d'après-midi. Il s'agit en réalité d'un point de vue sur le Rhin situé à 160 m d'altitude qui a été aménagé pour le tourisme et qui ne dénote pas avec le reste du décor. C'est vrai que la vue est belle. Cependant, j'avoue que j'étais un peu décu. Avec son "big roc", je m'attendais à un gros rocher nu qui contrasterait avec la richesse boisée alentour, voire même qui aurait fait l'objet, en des temps immémoriaux, de rituels occultes, par exemple. Une déception d'autant plus grande que j'ai souffert pour grimper les trois derniers km de fin de journée. Je devais m'arrêter tous les 500 m pour reprendre mon souffle.

N'oublions pas le sourire du chat qui s'étire lorsque le soleil se couche :
Vendredi 26 juin 2009 (15è jour)
Statistiques du jour :
Distance parcourue : 71,44 km
Temps de déplacement : 4h35
Statistiques globales :
Distance parcourue : 676,57 km
Temps de déplacement : 45h12
Vitessse moyenne : 15 km/h
Notes :
Je suis arrivé à Francfort. J'ai plus ou moins longé le Rhin jusqu'à Mainz. Le chemin était aisé à parcourir malgré un léger vent de face.
En revanche, mentalement, c'était plus difficile. J'étais pressé d'arriver. Je savais que je n'atteindrais pas Francfort aujourd'hui et je ne voulais pas perdre une journée supplémentaire alors que j'étais censé être arrivé il y a deux, voire trois, jours. L'objectif était donc d'atteindre la ville de Mainz. De là, je prendrais le train jusqu'à Francfort pour couvrir les 40 km restant.
A un moment, j'ai dû changé de rive car il n'y avait plus de piste cyclable. C'etait une nationale au trafic dense. J'ai fait demi-tour à la recherche d'un ferry.

Les vingt derniers km avant d'arriver à Mainz étaient particulièrement pénibles. Comme j'avais quitté l'itinéraire pré-enregistré sur le gps, je m'orientais avec les panneaux des pistes cyclables. Ceux-ci étaient mal situés, peu visibles, voire inexistants à certains carrefours. Plusieurs fois j'ai dû faire demi-tour lorsque j'arrivais sur des routes fort fréquentées par des voitures ou quand je croisais une indication "Mainz" pointant dans l'autre sens. C'était assez agacant.
Arrivé à Mainz, je me suis directement dirigé vers la gare. J'ai acheté un billet pour moi et le vélo. Le train était assez vide, ce qui me laissait de la place. Je m'assoupissais entre deux gares, assis et le vélo en main jusqu'à ce que, trois gares avant d'arriver à ma destination, le train se bonde subitement. J'étais assez coincé. J'ai dû batailler pour sortir. Si j'avais su, je serais sorti avant et j'aurais continué à coups de pédales.
J'ai tout de suite trouvé un petit hôtel près de la gare. J'ai pris une chambre pour deux nuits. Après m'être promené dans les environs, je me suis rendu compte que je me situais entre un quartier avec des hôtels luxueux tel Le Méridien et quartiers plutôt mal famés avec ses SDF, ses mendiants et ses sex shop; le tout près des gratte-ciel qui surplombent la ville. Drôle de contraste...
Francfort est la troisième place boursière du monde, après New York et Londres. Cette ville, comme la plupart des grandes villes allemandes, a presque entièrement été ravagée par les bombardements des Alliés lors de la seconde guerre mondiale. Lors de la reconstruction d'après guerre, les autorités se sont orientées vers une architecture résolument moderne.
La première impression que j'ai ressenti vis-à-vis de la ville a été plutôt désagréable. Je me suis senti agressé par l'odeur, le bruit, le trafic et la foule se mêlant dans un désordre apparent. Cette sensation provient du contraste avec les cinq jours passés dans le calme des routes de campagne, des chemins de forêt, de la nature et des petits villages. Là où les sens pouvaient s'ouvrir pleinement, ici ils doivent se fermer afin d'atténuer cette sollicitation informationnelle permanente. Il s'agit là de quelque chose dont je m'étais déjà apercu lors de mes escapades de deux ou trois jours, pendant lesquelles j'allais faire de l'escalade en plein air et du camping sauvage avec quelques amis, près de Namur. Cette sensation a été plus forte encore à mon retour des montagnes suisses. Bruxelles m'insupportait, je ne m'y sentais plus à l'aise. Lors de mon premier jour de retour, je me sentais incapable de prendre les transports en commun, de me retrouver dans un espace confiné avec plein de gens tout autour.
Heureusement que nous avons cette prodigieuse faculté de nous adapter à notre environnement. L'impression de déboussolement et d'agression s'est rapidement dissipée. Mais la contrepartie, pas forcément positive, est de rendre inconscients cette sollicitation des sens et le stress qu'elle engendre.
Samedi 27 juin 2009 (16è jour)
J'ai fait ce que j'avais à faire. Je n'ai pas eu le temps, ni l'envie, de visiter la ville. J'ai hâte de retourner sur des chemins plus tranquilles. Je repars demain.